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Ma Bible était sur la table du jardin...

Ma Bible était sur la table du jardin,
je l’ai retrouvée au sol,
ouverte à cette page du livre de Daniel.
Faut-il y voir un signe ?

Livre de Daniel
Le Roi MacroMagnus donna un grand raout à ses grands que l’on ne put décompter tant il en arrivait par centaines, marchant et marchant encore bien que la nuit fut depuis longtemps tombée. Ils burent tant ses paroles qu’ils furent bientôt gris et cela gâchait leur jugement. Des serviteurs, vêtus de livrées jaunes essayèrent, en vain, de tempérer leur soif, mais ils louèrent encore plus fort le maître des mots et des maux.

En ce moment apparurent dans le ciel des signes évocateurs et le roi changea de couleur tandis que s’inscrivaient, en lettres de feu des menaces non équivoques. On pria les astrologues d’interpréter les symboles, mais ils se détournèrent, tant ce qu’ils y lisaient s’ajoutait à l’opprobre naissant.

La reine conviée à son tour de donner son avis, ce qu’elle faisait continûment depuis l’intronisation entra dans la salle du festin et prit ainsi la parole :
« Ô Roi, mon maître en dialectique, que ton visage garde la sérénité avec laquelle tu accédas au trône. Il y a dans ton royaume un homme qui a en lui l’esprit des dieux saints ; il se nomme BérouMinus. Il se fit faiseur de rois ayant échoué à exercer ce pouvoir sur lui-même ; tu avais choisi, jadis, de l’asseoir à tes côtés pour bénéficier de son expertise, il dût restituer son siège avant même qu’il ait pu s’y asseoir. Ce fut grande perte »

BérouMinus sans se faire prier loua de prime abord l’esprit supérieur du Roi, son intelligence et sa culture, son art de transcender les êtres et les faits et surtout de savoir compter à ses côtés des affidés prompts à le défendre. Mais en l’espèce, le bravache, le pourfendeur de causes irrévérencieuses ne saurait suffire à le protéger des outrages. Il demanda que Daniel , nommé Benaltar par le Roi soit appelé afin d’interpréter les songes et les signes, d’expliquer les énigmes et de résoudre les questions difficiles.

Il fut alors introduit devant le roi. Le Roi prit la parole et dit à Benaltar : « Es-tu ce Daniel, l’un des captifs de Flambyscus qui sut changer de livrée lorsque le temps fut venu ? J’ai appris sur ton compte que tu as en toi l’esprit des choix diplomatiques et la vigueur d’un bras prompt à la bataille. Mais en l’occurrence, il s’agit moins de mater la fronde que de me traduire les signes que le ciel m’envoie. Si tel est ton rôle, tu resteras à mes côtés, sinon tu encourras les foudres de ton inconséquence passée. »

C’est ainsi que Benaltar, dit Daniel, fut précipité dans la fosse aux lions.
Il faut savoir que quiconque, dans l’espace de trente lunes a adressé ses prières à quelque dieu, ou à quelque homme, excepté à toi, ô Roi sera jeté dans la fosse aux lions.

Là-dessus, le roi MacroMagnus écrivit le décret et la défense. Lorsque Daniel sut que le décret était écrit, il se retira dans sa maison, vida le coffre où il remisait ses secrètes affaires et choisit de s’exiler, momentanément, chez ces peuplades de l’Est avec lesquelles il était en affaires. À son retour, il dut comparaître devant une assemblée de notables qui le sommèrent d’expliquer et sa conduite passée, et ses soutiens et son armement.

Force fut de constater que sa cautèle contribua à le desservir comme elle accablait ses protecteurs, au nombre desquels était le roi lui-même. En même temps, le pays s’ouvrit à la vindicte et Castaférus ne réussit que médiocrement à juguler les troubles. Le sort de Daniel, malgré l’affliction ou l’affection du roi, fut réglé.

Puisse Dieu, dans son infinie miséricorde avoir merci de lui.

Le roi se rendit ensuite dans son palais, il passa la nuit à jeun et ne fit point venir son épousée et ne put se livrer au sommeil. Il se leva au point du jour, alla précipitamment à la fosse aux lions. En s’approchant, il appela Daniel d’une voix triste.
Celui-ci se montra tenant dans ses poings deux crinières sanglantes, et dit alors : « j’en ai laissé deux en vie, il est temps qu’ils se repaissent des notables accusateurs, si toutefois, leurs chairs avariées ne doivent pas les rendre malades ».

Livre de Daniel – les prophètes - selon la traduction de Louis Segond édition de 1910