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Avignon : Les Pénitents gris, huit siècles et toujours en forme !

Eh, oui ! C’est en 1226, que le roi Louis VIII (le père de saint Louis) vient dans le Midi par la vallée du Rhône pour mettre à la raison les Albigeois. Il commence par assiéger Avignon, non pas qu’elle serait hérétique, mais parce qu’elle a eu la mauvaise idée de s’allier au comte de Toulouse réputé être protecteur des Cathares et de refuser d’ouvrir ses portes au Roi. La ville prise, en guise de pénitence, il décide une procession expiatoire qu’il accomplit simplement vêtu d’un sac gris cendre, ce signe de pénitence que porta jadis dans la Bible son confrère le roi de Ninive (Jonas 3-06) : « Les gens de Ninive... annoncèrent un jeûne, et tous, se vêtirent d’une toile à sac... Le roi de Ninive se leva de son trône, quitta son manteau, se couvrit d’une toile à sac et s’assit sur la cendre... »
Et dans la foulée, pour en perpétuer le souvenir, fut créée la Dévote et Royale Compagnie des Pénitents gris d’Avignon, chargée de l’adoration perpétuelle du Saint-Sacrement.

Aujourd’hui, nul besoin de vous asseoir dans la cendre, et comme vous êtes à Avignon, il vous suffit de passer le pont… celui qui enjambe la Sorgue dans la rue des Teinturiers, et de pousser la monumentale porte bleue des pénitents. Au fronton, deux confrères encagoulés et prosternés devant un ostensoir vous préviennent de leur raison d’être :«  Venite Adoremus... (Venez et adorons) » formule tirée du Psaume 95 et qui clôt l’office de Matines : « Venez, adorons et tombons sur notre face devant le Seigneur »
Un majestueux corridor du 17e au rouge plafond lambrissé, aux murs plaqués de marbre veiné… Au fond, une seconde porte surmontée du blason royal, azuré, fleurdelisé d’or, couronné, et encadrée par quatre pilastres corinthiens... Détail des Armes de France : Et sur le linteau de la porte, détail des Armes parlantes du Cardinal della Rovere - futur Pape Jules II : « D’azur au rouvre d’or aux rameaux passés en sautoir » : Ouvrez cette porte, et vous voici dans la charmante chapelle de Notre-Dame-des-Vignes du 18e, Avignon, capitale des Côtes-du-Rhône, oblige ! : Poussez une troisième porte : vous voici au XVIe siècle, comme l’atteste la voûte toute en liernes et tiercerons de cette salle hexagonale garnie de tableaux, de bancs, de statues : En face de vous, la chapelle Notre-Dame-de-Délivrance occupe trois arcades gothiques de l’antique couvent des cordeliers du 14e… un autel en bois doré accuse les fatigues d’une très longue vie de vicissitudes :
À droite, perpendiculairement au reste des bâtiments, des grilles ouvrent sur l’étroite nef au beau décor XIXe devenu si rare après le vandalisme des épurations post-conciliaires des années soixante : bancs d’oeuvre, chaire nostalgique, bannières, blasons, cancel, autel surmonté d’une Gloire dorée envahissante… Attardez-vous sur les nombreux tableaux attribués aux dynasties de peintres Mignard ou Parrocel, et essayez de déchiffrer les blasons polychromes :
À la sortie de la messe dimanche matin, vous croiserez nécessairement des pénitents revêtus de leur sac, la longue cagoule pointue pendant dans le dos, la cordelière serrée : abordez-les et faites-vous raconter le fameux « miracle des eaux » quand, en 1433, les inondations recouvrant Avignon épargnèrent le Saint-Sacrement.

Dans cette rue si pittoresque des Teinturiers, cette visite vous raconte huit siècles d’histoire et vous offre les beaux, nostalgiques et intacts décors de six siècles. Que pourriez-vous désirer de plus ? Eh bien par exemple : pourquoi ne pas venir chanter une messe en grégorien le dimanche à 10h30 en compagnie des confrères ?

François-Marie Legœuil   


La porte de bronze qui ferme sur le pont :

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