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Saint-Restitut : Chapelle du Saint-Sépulcre et église Saint-Restitut

Aux confins du Vaucluse et de la Drôme, avant d’arriver à Saint-Paul-Trois-Châteaux, garez votre voiture aux pieds des collines. Une petite construction inhabituelle et sans clocher se détache sur le ciel. Prenez un sentier, montez à travers la garrigue dans le beau soleil de cette fin d’hiver. La chapelle du Saint-Sépulcre de Saint-Restitut, insolite et étonnant hexagone aux arrêtes soulignées par de robustes contreforts, au toit aplati à six pentes se détache sur le paysage du Tricastin. Elle fut édifiée vers 1500 par Guillaume Adhémar évêque de Saint-Paul-Trois-Châteaux, dont vous apercevez la cathédrale au premier plan, et les falaises portant le château de la Garde-Adhémar, berceau de sa famille, paysage fermé au loin par les doubles cheminées nucléaires de Pierrelatte. Guillaume revenant d’un long et périlleux pèlerinage au Saint-Sépulcre de Jérusalem avait désiré fixer dans le paysage le souvenir des émotions fortes qu’il avait ressenties sur le tombeau du Christ. L’emplacement est étonnant : un petit plateau aride dont les rochers crèvent la poussière de leurs arrêtes polies par le temps, tout paraît si ancien, surgi du fond des âges… dépaysement garanti ! Le bord du plateau bute sur un long mur : le « mur des sept douleurs » surmonté de stèles triangulaires, peut-être des stations de pèlerinage… Suivez-le dans les épines et les buissons de thym, trois grandes croix de pierre : le Golgotha ! Aucun doute, nous sommes au Saint-Sépulcre… Mais vous n’en avez pas fini avec la beauté. Suivez la route défoncée, 100 mètres vous mènent à la « Porte dorée » des remparts. Des ruelles étroites, une tour carrée, énorme, écrasante, « la lanterne des morts » comme on l’appelle ici, mais qui n’en serait pas une, selon les historiens. Adossée à l’église Saint-Restitut, dont la nef unique et le chevet illustrent ce roman provençal influencé par l’antique, elle figurait sur la première liste des monuments classés par Mérimée. Au fond de l’église, une profonde tribune est creusée dans la tour. Descendez quelques marches, une chapelle carrée, obscure : l’ancien tombeau de Restitut, patron des lieux. Un personnage si lointain, dont la puissante personnalité a tellement marqué ses contemporains qu’ils le magnifièrent dans la légende. Restitut serait l’aveugle-né (saint Jean 9. 1-41) à qui le Christ restitua la vue de son index enduit de salive et de boue, de là son nom… Restitut monta lui aussi dans la barque avec les saintes Marie, Marthe et Lazare, barque bien chargée… qui aborda dit-on aux Saintes-Maries. Et tandis que Marie-Madeleine après avoir évangélisé Marseille allait finir sa vie sur la falaise de Saint-Maximin, que Marthe évangélisait la tarasque païenne de Tarascon avant d’y être ensevelie, que Lazare continuait vers Autun, Restitut, lui, évangélisait le Tricastin dont il serait devenu le premier évêque… Quoiqu’il en soit, on vénérait déjà sa tombe ici au VIe siècle, mais les Guerres de religion et la Révolution ont vidé la la crypte et le tombeau… Il ne vous reste plus qu’à descendre du village par la route en lacets pour retrouver votre voiture. Mais juste à la sortie des remparts, dans un minuscule vallon dont les auberges sont désertées par la Covid19, une belle et grande croix de mission clôture cet espace sacré :
Son socle porte la devise des Chartreux : « Stat crux dum volvitur orbis » (elle est stable la croix, dans les tourbillons du monde)... La proximité de la Chartreuse de la Valbonne y est-elle pour quelque chose ?

Traversant les bois vers sa voiture, on savoure le plaisir d’une splendide promenade ou d’un pèlerinage aux sources de la chrétienté provençale sur les traces de Restitut ou sur celles de Mérimée, ou les deux... c’est selon votre humeur…

François-Marie Legœuil, février 2021
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