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Chusclan : la bibliothèque des Pères de l’Église


« Il suffit de passer le pont  » chantait naguère Brassens. Horreur : nous sommes dans le Gard ! Chusclan, rive droite du Rhône, en face de Bollène… on n’est plus en Vaucluse, mais le vent en vient. Un village minuscule, église XIXe siècle sur la place. Pas de clocher ? Si un peu plus loin à gauche. N’hésitez pas, passez sous ce porche antique vouté pour les charrettes à foin, une courette pavée, une façade de verre, poussez la porte, c’est la Médiathèque… Saint-Augustin ; car vous êtes ici chez lui ! Une splendide petite église romane du XIIe abandonnée depuis la Révolution, récemment magnifiquement restaurée en bibliothèque. L’entrée est dans le transept, montez le magnifique escalier de métal chef d’œuvre des Compagnons du Devoir, vous voilà sous la voute, à quelques centimètres des peintures du XIIIe. À la croisée du transept, les quatre Pères de l’Église remplacent les traditionnels Évangélistes : saint Augustin, saint Grégoire, saint Ambroise et saint Jérôme. Ils sont là, dans leur bibliothèque aux rayonnages débordant de livres… Ceux qu’ils ont écrits, ceux qu’ils ont lus et qu’Augustin et Grégoire sont encore en train de parcourir, ouverts sur les lutrins. C’est sans doute avant l’aube, car pour sa lecture, saint Jérôme a allumé un bougeoir. Ils président un monde d’anges portant les instruments de la passion, un univers de prophètes… Élie et son épée, Moïse, ses tables de la Loi et au front ses rayons visionnaires… et une forêt de rinceaux et de vrilles qui escaladent les piliers et colonisent les voutes. Au dessus du chœur, on devine a demi-effacé Dieu le Père, la tête ceinte du triangle trinitaire, à sa droite, l’Aigle de saint Jean, le reste de cette magnificence se perd dans l’usure du temps. Huit siècles se sont écoulés, les Pères et les prophètes sont toujours là qui vous attendent pour vous faire visiter leurs bibliothèques dans cette merveilleuse Médiathèque bien d’aujourd’hui si bien nommée Saint-Augustin.

François-Marie Legœuil, avril 2018

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