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La Valbonne, incomparable Chartreuse

Passé Pont-Saint-Esprit, on s’enfonce dans le massif, la forêt s’épaissit, les lacets se resserrent, la pente s’accentue vers le fond du vallon aux chênes majestueux. Une chapelle, un calvaire : premiers jalons de l’abbaye… une vigne dégage la vue sur des toits aux tuiles vernissées : c’est la Valbonne et non la Bourgogne. Un somptueux portail forgé surmonté de la Croix plantée sur le Globe souligné de la devise des Chartreux : «  Stat Crux dum volvitur orbis  » le Monde passe, la croix demeure… entouré de sept étoiles : saint Bruno le fondateur en 1084 et ses six compagnons, deux laïcs et quatre clercs. Tout un programme tourné vers l’éternité et que protège un saint Michel, dévotion de saint Bruno, brandissant l’épée dégainée pour tenir le Malin à distance.

La tour carrée de l’entrée, surmontée d’une élégante bretèche à mâchicoulis du XVIIe me rappelant l’Espagne, témoigne d’une époque agitée.
Passé le porche, on franchit trois siècles : l’immense cour des frères convers dédiés aux activités agricoles et toujours en activité, viticoles actuellement.
Un second portail ouvre sur les chapelles des Étrangers - c’est-à-dire les non-Chartreux, pèlerins ou laïcs- à gauche celle de Sainte-Philomène à la voûte en croisée d’ogives à liernes et tiercerons, à droite celle de Saint-Joseph, à simple croisée d’ogives. Encore une porte et vous entrez dans le superbe chœur des Frères : vingt-quatre stalles, deux autels de part et d’autre d’une sorte de jubé la séparant de l’extraordinaire chœur des moines.
Auparavant, entrez dans les chapelles de la Compassion et dans celle des Familles, du XVIIIe siècle, en moins bon état…

Quittez alors le chœur des Frères pour le chœur des moines dû à la maîtrise d’un des Franque -célèbre dynastie d’architectes avignonnais- et c’est l’éblouissement !
Les stalles des Pères, en marqueterie de noyer, ébène, buis et acajou, évoquant, entre autres, les vertus théologales : Foi, Espérance et Charité ou les Clés du Royaume…
Attention au torticolis en contemplant la voûte à la stéréotomie étonnante et parfaite : un chef-d’œuvre. Derrière la table de communion, les deux cathèdres de marbre blanc, aux accoudoirs ornés du lion et du taureau, le dossier encadré de l’ange et de l’aigle… les quatre évangélistes, bases de ce monde. L’autel en marbre polychrome d’Italie et son baldaquin à colonnes torses parachèvent ce splendide décor baroque.

Et tout autour, s’ouvrent d’autres chapelles qui sont autant d’églises : chapelle de la Compassion, chapelle des Familles... Attardez-vous dans la chapelle des Reliques au beau décor de boiserie et de peintures du XIXe, avec sa grande reproduction de l’Agneau mystique de Van Eyck et ses étonnantes armoires à reliques, aujourd’hui vides, hélas ! annonçant : «  Exultabunt Ossa Humiliata » « ils exulteront ces humbles os » inscription nous rappelant le sens eschatologique profond des reliques qui relient le fond des âges au tréfonds du futur : ils ont vécu, ils ressusciteront. Inscription tirée du Psaume 50 «  Auditui meo dabis gaudium et laetitiam exultabunt ossa humiliata » Faites-moi entendre une parole de joie et d’allégresse et mes os humiliés tressailliront d’allégresse.

Poursuivez par la Salle du Chapitre qui, par un merveilleux escalier galbé de quelques marches seulement, débouche sur le petit cloître…

Reste à voir bien des merveilles avant d’accéder au gigantesque cloître de 350 m bordé des petites maisons, chacune occupée jusqu’en 1901 par 22 chartreux, retirés du monde et pourtant si souvent rattrapés par l’Histoire : dépouillés et chassés par les guerres de Religion, dépouillés et chassés par la Révolution, dépouillés et exilés en 1901 par la République et chaque fois obligés racheter bâtiments et domaine et de les remettre en état grâce à la générosité des fidèles qui ne les a jamais abandonnés.

Promenez-vous en méditant dans le calme et reposant jardin entouré du cloître : poussez la grille du petit cimetière où dorment quelques témoins de l’ultime aventure de la Chartreuse. Le Pasteur Philadelphe Delord l’achète et y installe en 1929 une léproserie qui traitera jusqu’aux dernières années du XXe quelque 400 lépreux.

Aujourd’hui, l’ensemble de cette Chartreuse est encore debout et semble en bon état, mais l’immense toiture du grand cloître réclame poutres et tuiles neuves… nul doute que la splendeur visible cache un besoin pressant de travaux de tous ordres.

Allez-y, l’endroit n’est pas envahi, prenez votre temps et vous vivrez une autre époque dans cette merveilleuse mécanique à remonter le temps où un monde de frères convers et de laïcs travaillait au domaine agricole pour permettre à un monde de trente chartreux de vivre, en ermites groupés, une vie de prière et de jeune… Un temps si bien décrit par Georges Duby en 1978 dans « Les Trois Ordres ou l’Imaginaire du Féodalisme »… Un temps que la plupart d’entre nous ne peuvent plus comprendre et encore moins admettre : c’est à cette confrontation que nous sommes conviés à la Valbonne.

François-Marie Legœuil

Quelques photos pour fixer les idées :

Sortis du bois, la Chartreuse nous saute aux yeux avec ses toits vernissés : Stat Crux dum volvitur orbis : La tour d’entrée et sa bretèche : La cour des convers et l’entrée des chapelles : La chapelle des familles : Le chœur des frères convers Le chœur des convers, sa séparation d’avec les moines et les deux autels : Le chœur des moines : Les stalles des chartreux : La nef et sa magnifique voûte : Détail de la stéréotomie de la voûte : Une des deux cathèdres : Le maître-autel : La chapelle des reliques : L’armoire aux reliques : « Exultabunt Ossa Humiliata » Le petit cloître : Le grand cloître et son jardin : Le cimetière des chartreux au centre du jardin :

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